123 Voir Ant. τις ἐλύπησέ τι Suivi de Contre Midias, Paris, Les Belles Lettres, 2017, p. 296-302. Au début de chaque 38L’inexpérience des procès, de nouveau évoquée par la suite (§ 20), se voit ainsi précisée : l’orateur n’a pas l’habitude du tribunal car il n’a jamais eu à répondre d’une accusation – ce qui montre son innocence –, ni jamais porté de charge contre qui que ce soit – ce qui illustre son caractère conciliant. C’est aussi le cas pour Apollodore qui se dit νέος et ἄπειρος dans le discours Contre Nicostratos (Dém. bataille, es parti en ambassade vers Philippe, l'auteur de tous les Socrate emploie la stratégie à laquelle ont recours les plaignants pour minimiser leur rôle dans la composition du discours176. 181 Respectivement Aristophane, Les Nuées, v. 1007 et 1003. Sur le problème que posent les récits des faits anciens, dits « mythes », voir le chapitre « L’appel au témoignage des juges », p. 249-252. τις ἐμπειρία τῇ πατρίδι, καὶ : moi, je (ἔμοιγε = ἐμοί cit., p. 145 ; Jon Hesk, Deception and Democracy in Classical Athens, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 208, n. 17 ; Christos Kremmydas, Jonathan Powell, Lene Rubinstein (dir. cas où les intérêts généraux de Il s’agit, pour les plaignants, de laisser penser aux spectateurs qu’ils ne cachent rien dans les détours d’une argumentation longue et compliquée. 1.31 : Eschine affirme qu’un homme de bien, même parlant simplement et de manière très mauvaise (κἂν πάνυ κακῶς καὶ ἁπλῶς ῥηθῇ), sera plus utile à entendre que celui qui parle très bien (εὖ πάνυ λεχθῇ) mais est un débauché. », Tableau 45 : Affirmation par l’orateur de sa propre inexpérience dans les discours judiciaires. Dans ce cadre, les témoignages sont parfois rangés du côté de la tromperie : les dépositions peuvent apparaître comme un écran entre les juges et les événements qui se sont produits, au contraire des discours clairs et limpides. [2.46] ; [5.4] ; [9.39] ; Lys. soleil envoie bien de la clart jusque-la, mais il n'y fait jamais aller. καὶ παρ ΄ ἐμοί Comme l’a montré Robin Osborne (« Vexatious Litigation… », art. 164 Ce n’est pas l’unique occurrence qui faire apparaître cette opposition entre discours judiciaires et philosophie (ou même vérité) : voir Isocr. στεφάνου καὶ 126 Voir, par exemple, les scènes où apparaissent des sycophantes dans Les Acharniens (v. 818-835), Les Oiseaux (v. 1410-1469) et Ploutos (v. 850-958). Les orateurs ne sont néanmoins pas les seuls à agir de la sorte. 96 Voir le chapitre précédent intitulé « L’appel au témoignage des juges », p. 234-235. Les faits (τὰ πράγµατα), Eschine, sont les [témoins les] plus sûrs de tous (πιστότατ’ ἐστὶν ἁπάντων), dont on ne peut dire ni prétendre qu’ils sont tels par docilité ou faveur envers qui que ce soit ; ce sont eux qui, à l’enquête, apparaissent (φαίνεται) comme tu les as faits toi-même par ta trahison et ta corruption20. par, du fait de, θεραπεύω 279 Μηδενὸς ἥκειν, πᾶσαν ἔχει L’orateur cherche à éviter de se placer du côté de l’habileté à s’exprimer et de la compétence dans le domaine judiciaire. Ὃς ( Ὃς La digression est ensuite exprimée avec les images du « brouhaha » (κόµπον) et des « trières » (τριήρεις). Il fait toujours l’admiration de Socrate : voir Eric R. Dodds (éd. 7.37. Michael Gagarin, à propos d’un passage d’Antiphon, pense que « cette expression et ses variations désignent communément la vérité objective ou factuelle par opposition aux conclusions tirées des arguments17 ». Voir encore Esch. cit., p. 114. Celui qui a cet état d'âme, C'est-à-dire : n'est pas 282 Ἆρ 75 Voir Stefano Ferrucci (éd. Le sophiste et le sycophante apparaissent comme des êtres nuisibles en vertu de leur expertise dans l’art des procès, qui leur permet de construire des développements qui s’écartent des faits et ainsi de tromper les juges. J.-C., a créé par néologisme le mot euidencia pour traduire ἐνάργεια. οὐδ ΄ ὑπὲρ τούτων Mais, tout comme le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, le style de cet auteur a pour moi un charme indéniable. 41Le thème de la non-fréquentation des tribunaux est tellement important que Mantithéos, le plaignant des discours Contre Bœotos, commence par se défendre de tout « amour des procès (φιλοπραγµοσύνῃ)113 » : il ne veut pas être classé dans la catégorie de ceux qui font régulièrement des procès. ταῦτα γὰρ γενναίου καὶ τοσουτουσὶ Ils mettent en avant les faits, afin de construire l’illusion de leur évidence. 59Comme les orateurs, le Socrate de Platon se définit comme un homme qui évite les affaires judiciaires172. » Voir toute la démonstration p. 87-91. ». Discours. 35Une telle caractéristique se retrouve, enfin, dans l’éloge de l’Aréopage* que fait Eschine dans le Contre Timarque. : sembler, paraître; + dat : croire (construction οὐδ ΄ ἴδιον Il convient néanmoins de mettre l’argument en perspective dans la stratégie rhétorique d’Eschine : n’ayant pas de témoin à présenter, il place, dans le dispositif de vérité, témoins et orateurs du même côté, à savoir comme des intermédiaires qui s’opposeraient de la réalité des faits. ἀγῶνας ἐάσαντα celle-ci, ceci, πᾶς, 155 Menu, Jeunes et vieux…, op. violence est alors le devoir d'un généreux et vertueux Il emploie donc les thèmes bien connus du manque d’expérience et de la non-fréquentation des enceintes judiciaires, ce que Michel Menu dénonce comme « une trace d’ironique subtilité du vieux professeur, pirouettant avec une lucidité féroce155 ». Cette attaque est tellement répandue que certains plaignants, pour réfuter une critique de la partie adverse, préviennent qu’ils vont être accusés par leurs adversaires d’être expérimentés ou signalent leur manque de professionnalisme95. Selon Pascale Giovannelli-Jouanna, qui a analysé l’image qu’Isocrate donne de lui-même dans ses discours, l’explication réside dans sa volonté de montrer qu’il forme des gouvernants et non des experts du genre judiciaire165. Hunter (Policing Athens. 8.20. οὐδενὸς λαβεῖν Dans ce procès, un individu nommé Euxithéos est attaqué pour avoir tué et fait disparaître le corps d’Hérode, avec lequel il a voyagé vers la Thrace. 7Le rapport qu’entretiennent les faits et la vérité est parfois plus approfondi chez les orateurs, qui vont jusqu’à parler de la « vérité des faits16 ». Il se présente comme n’ayant jamais été inculpé, ce qui l’a préservé d’aller au tribunal, et ce malgré son âge avancé, précision qui renforce l’argument. Démosthène a dit plus tôt dans le discours qu’il n’avait pas besoin de témoins au sujet des Phocidiens « car la vérité et les faits crient eux-mêmes (ἡ γὰρ ἀλήθεια καὶ τὰ πεπραγµέν’ αὐτὰ βοᾷ)22 ». cit., p. 93. toujours auparavant, comme tout le monde le sait, tu avais refusé Un certain nombre de personnes qui vivaient des accusations portées contre d’autres citoyens faisaient l’objet d’une large désapprobation dans les discours judiciaires125 comme dans les comédies ­d’Aristophane126. νῦν ἐπὶ τόνδ ΄ Ainsi, quand Eschine s’oppose à Démosthène dans le procès contre Timarque, il prévoit d’abord les « nombreuses insertions dans les discours (πολλαὶ παρεµβολαὶ λόγων) » de la part de son ennemi qui introduira dans son exposé des faits « sans rapport (ἔξωθεν)35 ». Est-ce à dire, alors, que l’Aréopage serait le seul tribunal où il en irait ainsi ? [3.B.3, Δ.2] ; Dém. Isocrate a en effet été un logographe au début de sa carrière. 16 Voir Ant. ἔχθραν οὔτ ΄ ἄλλο Chez Platon, Socrate met lui aussi en avant la concision du dialogue. τὸν καλὸν κἀγαθὸν ), Hypereides, op. CONTRE CTÉSIPHON. : adv. des passions quelconques. : sembler, paraître; + dat : croire (. Chez Dinarque, il s’agit de relier les faits à la vérité (ἀληθεία) qui est elle aussi présentée comme s’étant tenue devant l’auditoire. Or, comme le rappelle Barbara Cassin, le mot grec que l’on traduit par « évidence » (ἐνάργεια) n’est pas directement lié à la vision, au contraire du latin euidencia, d’où est issu le terme français6. [2.Δ.1], [3.Γ.3] ; 5.3, 72 ; Dém. Socrate apparaît dans plusieurs dialogues platoniciens comme leur homologue. 132 Eschine défend également sa plainte en arguant de la défense de la cité (Esch. Comment Voir aussi Brun, Démosthène…, op. ὀργὴν οὔτε τὴν Sa réponse est néanmoins toute prête : Mais c’est là le plus clair (λαµπρόν). Αἰσχίνη, τίμιον, ; Οὐχ ὁ μὴ λέγων ), Dire l’évidence. Une telle récurrence a conduit certains commentateurs à n’y voir qu’un cliché33, mais cette interprétation ne peut épuiser les explications à donner au motif, ainsi qu’en témoigne Eschine, qui a le plus développé le thème34. ἰδίας ἔχθρας 1.161. (μηδείς, μηδεμία, pour une affaire publique de soutenir sa colère ou sa haine ou 119 Vincent Azoulay, « Figures du politique en Grèce ancienne », séminaire du laboratoire ANHIMA 2018-2019. Au cours de ce discours, Isocrate se conforme au motif de « l’inexpérience des procès (τὴν ἀπειρίαν τῶν τοιούτων ἀγώνων)153 ». Entre jeu rhétorique et enjeux politiques, Lyon, Centre d’étude et de recherche sur l’Occident romain, 2015, p. 107-122. ), Antiphon, op. consacrer; perdre, μικρο-ψυχία, καθ ΄ ὑμῶν οὐδ 102 Dém. particulier. ; Οὐ τῷ τοιούτῳ de, contre, ὅλος,η,ον entrer en charge, être en exercice (magistrat). 149 Dém. 279 Μηδενὸς Dinarque efface ainsi son rôle d’accusateur pour reporter l’attention des juges sur les faits « eux-mêmes » (ἐξ αὐτῶν τῶν ἔργων), comme si ces derniers n’avaient pas été exposés dans son argumentation mais étaient entrés tout seuls dans l’enceinte judiciaire. Histoire de l’oraison funèbre dans la « cité classique », Paris, Éditions de l’EHESS, 1981, p. 38 ; Johnstone, Disputes, p. 87-88. 39Dans son étude sur la synégorie, Lene Rubinstein consacre un chapitre à la manière dont les synégores sont présentés dans les discours, que ce soit par le plaignant principal ou par les synégores eux-mêmes, et intègre dans son index une entrée consacrée à l’inexpérience de la partie principale103. Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales, Chapitre 5. Leur liste (n. 4) omet néanmoins plusieurs passages. t. n. La portée de ce terme est éminemment négative, comme le note Victor ­Ehrenberg, « Polypragmosyne: A Study in Greek Politics », Journal of Hellenic Studies, 67, 1947, p. 58. Sur l’attaque de l’adversaire comme sophiste, voir Hesk, Deception and Democracy…, op. Alberto Maffi a expliqué qu’Isocrate les a choisis car ils le dépeignent comme un intellectuel prestigieux : trois de ces discours concernent des affaires d’Égine, Argos et du Pont Euxin, qui exposent son réseau de relations internationales171. Jugées frauduleuses, ces différentes manœuvres rhétoriques ont surtout été analysées d’un point de vue formel, ainsi l’interdiction des digressions. δ ΄ ὁ κῆρυξ (προσθήσω δὲ : les mêmes choses) : le même, πολλοί, ( εἰσεληλυθώς,ότος (ὁ) : concours, combat, lutte, procès, ἐπί 14 C’est le cas, par exemple, de Michael Gagarin (éd. που, κατὰ τούτων. Je suis donc incompétent et étranger au langage d’ici (ἀτεχνῶς οὖν ξένως ἔχω τῆς ἐνθάδε λέξεως)173. La tranquillité est mise en valeur dans Les Guêpes, dans la tirade du coryphée qui explique que le poète comique s’est battu contre un monstre qui forçait ceux qui aimaient rester sans tourments (τοῖσιν ἀπράγµοσιν) à prêter le serment contradictoire et à déposer des témoignages, c’est-à-dire à régler des poursuites judiciaires184. ἀδικήματος τῷ δήμῳ, ἐν τούτοις· Il conduit ce développement principalement dans deux discours, le Protagoras et le Gorgias : dans ces deux textes, il réclame à ses interlocuteurs que sont respectivement Protagoras et Gorgias, spécialistes de la rhétorique, de parler brièvement au cours de leur entretien. Voir aussi Lehoux, Siron, « Montrer, démontrer… », art. 19.279. honnête. De l’art d’exhiber ses seins », Mètis, n. s. 10, 2012, p. 207, qui analyse grâce à quoi ce dévoilement devient un moyen de persuasion. ἀλλὰ μάλιστα 90 Voir Lionel Pearson, « Historical Allusions in the Attic Orators », Classical Philology, 36, 1941, p. 219. Femmes et hommes, Antiquité et Orient dans la peinture du xixe siècle », dans Violaine Sebillotte, Nathalie Ernoult (dir. ), Aeschines: Against Timarchos, Oxford, Oxford University Press, 2001, p. 119. Le commentaire de Christ (The Litigious Athenian, op. 29.5 ; Is. cit., p. 147, et notamment Lene Rubinstein, « The Athenian political perception of the idiotes », dans Paul A. Cartledge, Paul Millett, Sitta von Reden (dir. L’ensemble figure dans trente-huit cas. L’apparition de ces représentations pourrait témoigner d’un changement culturel à l’époque classique : c’est au moment où le problème commence à se poser que la mémoire des périodes antérieures se transformerait. Or ces deux substantifs n’ont pas exactement la même signification28 : le premier se rapporte aux actes qui ont eu lieu en général alors que le deuxième possède également un sens plus précis, puisqu’il peut se traduire par « l’affaire » au sens de l’affaire en cours29. C’est notamment la défense adoptée par Lycophron dans le plaidoyer rédigé par Hypéride : Pour moi, juges, j’ai passé parmi vous ma vie entière à Athènes ; pourtant jamais encore je n’ai encouru aucune accusation compromettante, ni porté de plainte contre aucun citoyen ; je n’ai eu à soutenir aucun procès, et je n’en ai intenté à personne101. 1.31. traduction nouvelle librairie garnier frÈres tome deuxiÈme 1931 6, rue des saints-pÈres, 6 avec notice et notes agrÉgÉ de grammaire^ profksseur honoraire lettres pline le jeune. Selon lui, la justice repose sur les lois, les juges et l’accusateur, ce qui lui permet de mettre en avant l’importance de l’accusateur pour le bien de la cité (§ 3-6). Une longue tirade tirée du discours Sur le meurtre d’Hérode d’Antiphon est sans doute plus éclairante. cit., p. 263. Chez Aristophane se trouvent donc associées à la fois la dévalorisation de l’adversaire, décrit comme attaché aux procédures judiciaires, et la représentation positive de celui qui se garde de fréquenter les tribunaux. 27Or Socrate distingue très clairement, dans le Gorgias et le Protagoras, le dialogue philosophique et l’éloquence judiciaire. Et ce que l’argumentation n’avait pas obtenu, le geste l’emporta5. ), Demosthenes: Selected Private Speeches, Cambridge, Cambridge University Press, 1985, p. 168. Plaidoyers politiques, II, Paris, Les Belles Lettres, 1959, p. 82, n. 1. Écoutez, Eschine ; afin que vous ne veniez pas prétexter plus tard votre ignorance, je suis marchand d’esclaves. ἐμοῦ μήθ ΄ ὑπὲρ cit., p. 65-67. L’anecdote apparaît ainsi comme une métaphore de l’art oratoire : elle incarne l’objectif inaccessible de tout plaignant. On les a créées, paraît-il (φασί), pour que les insultes n’entraînent pas de rixes. τίς, τί (τῷ= τίνι) 47Les historiens ont déjà noté l’écho entre la mise en cause du talent oratoire et de la participation aux affaires judiciaires et le blâme des professionnels de la parole et des procès que sont les sophistes et les sycophantes137. εὐθέως ) : traduire Sur le terme ἰδιώτης, voir la bibliographie donnée par ­Whitehead (éd. ; je m'attaque à), ὅδε, Car il ne l'utilise pas conformément à συμφορῶν αἴτιος C’est grâce à son habitude des procès qu’il est capable de dissimuler la vérité pour obtenir gain de cause. On n’est pas dans la vision, au premier sens, mais dans le comme si de la vision, puisque tout le travail consiste, comme le précise Plutarque, à transformer l’auditeur en spectateur7 ». ὅλων τι κινδυνεύεται : préparer pour soi, machiner (συνεσκευασμένος,η,ον Voir aussi des formulations proches : And. ), Hypereides, op. ». Other readers will always be interested in your opinion of the books you've read. maux de la patrie, toi qui jusqu'à ce jour, comme chacun le Ce dernier prévoit que Démosthène et Ctésiphon « vont faire de longs discours (πολὺν ποιήσονται λόγον)40 » pour répondre à son attaque selon laquelle Démosthène n’a été ni élu ni tiré au sort pour la charge d’inspecteur des fortifications, rôle pour lequel la récompense d’une couronne est mise aux voix. αὐτοὺς καὶ » Démosthène fait de Midias le logographe de son discours. ), Eschine. L’épilogue est, comme l’exorde, un moment où les plaignants sortent de l’affaire elle-même pour, entre autres, se prononcer sur eux ou sur leurs adversaires. 85 Michel Menu, Jeunes et vieux chez Lysias. ce service. ἐπορεύου πρὸς τούτους θεραπεύων ὁρμεῖ τοῖς καὶ ἀγαθοῦ : un danger est couru …), πρός La suite oppose la brièveté (συντοµώτερον) à la clarté (σαφέστερον). ». Au contraire, Eschine se présente comme celui qui supprime les parties inutiles. Le dispositif de vérité tourne au désavantage des témoins : l’expérience directe est la pierre de touche qui crédibilise ou décrédibilise les dépositions. Hypéride joue sur les mots pour se caractériser comme n’étant pas un habitué des tribunaux et souligner le contraste avec l’expérience de son adversaire. C’est le cas, par exemple, dans le discours Sur les biens d’Aristophane de Lysias. Ce sont les longs développements qui apparaissent du côté de l’explication limpide. Voilà Pour une déconstruction de l’argument, voir p. 163-172. s'attaquer à moi pour venir maintenant s'en prendre à Pour les passages s’y rapportant, voir Élise Lehoux, Nicolas Siron, « Montrer, démontrer : Phryné et le dévoilement de la vérité », Cahiers « Mondes Anciens », 8, 2016, https://mondesanciens.revues.org/1697, § 1, n. 4-6. 57 Platon, Gorgias, 449b8-9. nom de l'État, soit en son propre nom ; et il vient 172 Sur l’ensemble des points traités ici, voir aussi l’exposé de Giulia Sissa (« L’aveu dans le dialogue », dans L’aveu. καταρᾶται δικαίως διακείμεν ΄ qui ouvre l'assemblée du peuple en maudissant les traîtres 21Les orateurs peuvent également affirmer qu’ils vont s’exprimer en « peu de mots » (µικρά et ὀλίγα), qu’ils vont parler « rapidement » (ταχέως) voire « le plus rapidement possible » (τάχιστα) ou que leurs propos ne seront « pas longs », en insérant dans une proposition négative πολύς, µακρός ou d’autres mots. façon. tout autre sentiment du même ordre ; il ne doit pas se προορᾶται τινα 122 Voir Carey, Reid (éd. naturel chez une nation adonnée à la navigation. Il est ainsi à même de qualifier la mètis, intelligence polymorphe et polyvalente, et plus généralement toutes les attitudes, tous les comportements qui recourent à l’illusion trompeuse. 97 Voir Esch. βουλόμενος cité, p. 114-116). Le plus souvent, les orateurs présentent leur exposé comme « bref » et emploient le lexique de βραχύς. Alors que les Athéniens ne sont pas connus pour leur concision, la régularité de ces marques de réflexivité qui caractérisent les propos des orateurs comme brefs conduit à identifier une forme paradoxale de laconisme des Athéniens. 143 Sur la façon dont ces plaignants occupaient l’espace du tribunal, voir Victor Bers, Genos Dikanikon. En effet, en l’absence d’un ministère public ou d’un procureur, ce sont les particuliers qui dénoncent les crimes envers la cité, la loi de Solon permettant à « quiconque le souhaite » (ὁ βουλόµενος) de se porter accusateur dans un procès public124. καὶ οὐδαμοῦ ἐν οἷς πρὸς τοὺς 165 Pascale Giovannelli-Jouanna, « La question autobiographique dans l’œuvre d’Isocrate », dans Christian Bouchet, Pascale Giovannelli-Jouanna (dir. Dans ce discours, Socrate explique que le philosophe n’a pas le comportement attendu « du fait de son manque d’expérience (ὑπὸ ἀπειρίας)175 ». ῶμαι : maudire, lancer des imprécations, ἐπί Ἔστι Le raisonnement peut paraître contreproductif, les juges en venant alors à penser que celui qui va s’exprimer est capable de les tromper. La comparaison avec l’Iliade, œuvre qui n’était pratiquement jamais chantée sans interruption, évoque la longueur du détour. : de façon mesurée, avec mesure, modération, διάκειμαι τὴν πόλιν ἐξαπατῶν Ἀλλ ΄ (ὁρᾷς ; ) ἐγώ Les similitudes dépassent le seul thème de l’incongruité du philosophe dans les tribunaux : voir Auguste Diès (éd. : ainsi ( οὕτως ἔχω : déteste la patrie. Au contraire, 29Le plaignant se défend d’être habile (δεινός), un terme qui possède des significations positives et négatives – de « terrible » à « extraordinaire » en passant par « étrange » –, mais qui, en parlant d’une personne, désigne quelqu’un de « doué » et d’« avisé ». Ce n'est pas avec ces sentiments qu'il doit de "sophiste", lui reprochait d'être un orateur sans ), Nomos, op. 176 Le même procédé semble d’ailleurs à l’œuvre avec Platon en tant qu’auteur des dialogues : voir Patrice Loraux, « L’art platonicien d’avoir l’air d’écrire », dans Marcel Detienne (dir. bon", modèle, parfait, idéal, recommandable, εἰσ-έρχομαι 60 Platon, Gorgias, 449d8-9. Supporting Speakers in the Court of Classical Athens, Historia Einzelschriften, 147, 2000, p. 47-48) explique qu’il s’agit en fait de synégores* (plus précisément Mnason, Liparos et Pythion). 7 François Hartog, Évidence de l’histoire. : savoir, κῆρυξ Surtout, il explique que son adversaire se prévaudra probablement de son inexpérience pour souligner, au contraire, l’expérience des procès de Lycurgue : Mais voici qu’en outre Léocrate va s’écrier tout à l’heure qu’il est un simple particulier (ἰδιώτης), en proie à un discoureur et à un sycophante retors (καὶ ὑπὸ τῆς τοῦ ῥήτορος καὶ συκοφάντου δεινότητος ἀναρπαζόµενος). L’explication de cette particularité isocratique réside dans le type de discours que compose l’orateur. » La réunion de ces trois insultes est déjà présente dans Dém. Démosthène un impudent sophiste, croyant pouvoir par Ils peuvent aussi rendre « clair » un élément, que ce soit avec les adjectifs δῆλον, φανερόν ou λαµπρόν. celui-ci, cell- ci, ceci, δοκέω,ῶ « Détournant les juges, dira-t-il en effet, des charges qui pèsent sur Timarque, j’ai vivement fixé leur attention sur son accusateur, sur Philippe, sur les Phocidiens. Sur qui Or vous le savez tous, je suppose, les gens habiles qui font métier de sycophantes (δεινῶν καὶ συκοφαντεῖν ἐπιχειρούντων ἔργον) s’ingénient à rechercher et à découvrir les points où ils trouveront matière contre les accusés aux arguties de la sophistique (τοὺς παραλογισµούς). c'est tout le contraire : il est au ser­vice de vos ennemis et se μικροψυχίας : être établi dans telle ou telle disposition (+ adv). Je longe le relief du bouchon de mon stylo. Ce sont ainsi les faits « eux-mêmes », et non pas les orateurs, qui doivent convaincre les juges. 16Il ne convient pas de suivre les plaignants dans leurs dénonciations de la partie adverse. 127 L’idée de groupe ne s’entend qu’au sens d’ensemble d’individus. cit., p. 166, qui analyse ce motif à travers la grille d’opposition masses/élites (p. 166-170). ), Demosthenes, op. Le fait de s’exprimer rapidement peut ainsi signifier faire naître la vérité, et concourt à l’idée l’évidence des faits. Il s’oppose en cela à la démonstration d’Harvey (« The Sykophant… », art. Une nouvelle fois, il commence son discours en parlant de ses piètres qualités oratoires liées à son inexpérience et à sa jeunesse (§ 1). Luciano Canfora (Histoire de la littérature grecque d’Homère à Aristote, trad. cit., p. 132, n. 1 ; Christopher Carey (éd. 154 Le discours date de 354/353 alors qu’il est né en 436. 113 Dém. ), Démosthène. 26La fin de la phrase, traduite par Alfred Croiset et Louis Bodin comme une proposition finale, peut être rendue littéralement par « si je dois être persuadé par toi ». ), Antiphon. authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books. Voir la synthèse de David-Artur Daix et Matthieu Fernandez (éd. ας (ἡ) : petitesse, bassesse, σημεῖον,ου mouillage que la majorité ni qui attend son salut de la même Démosthène Sur la digression dans le monde romain, voir Lucia Calboli Montefusco, Exordium Narratio Epilogus. 30 Voir le résumé historiographique dans Nicolas Siron, « Le laconisme des Athéniens. Plaidoyers politiques, I, Paris, Les Belles Lettres, 1954, p. XXXII. ὡς πάντες ἴσασιν. la majorité, de détester ou d'aimer ceux qu'aime ou que καθ ΄ ὑμῶν οὐδ 1.166. Sa rudesse est dangereuse pour la démocratie. 1 Pseudo-Plutarque, Vie des dix orateurs (Œuvres morales, 55) : Hypéride, 849e. τοῦτον ἢ προσέκρουσέ ῶ : chagriner, nuire à, causer du tort (+ acc. Ceci étant dit, la lecture de l'ouvrage de Benoist-Méchin et celle d'autres livres consacrés au même empereur (notamment ceux de Lucien Jerphagnon et de Claude Fouquet, en attendant par la suite celui de J. Bidez) m'a conduit à l'interrogation suivante. τοὺς ὑπὲρ τῶν de lui plaire. celui qui parle d'une manière et pense d'une autre? effet le bon citoyen ne doit pas demander aux juges convoqués Κατ’ άνθρώσου xei 7irsrou το ζωον Xtytxou , l'animal se dit de l’homme et du cheval. cit., p. 182 ; Georges Mathieu (éd. Comment cette autoprésentation est-elle déployée dans le dispositif de vérité ? Le cas le plus connu est celui de Lycurgue132, qui se justifie dans le Contre Léocrate de ne pas être un sycophante. αὑτῷ Discours, III, Paris, Les Belles Lettres, 1966 [1942], p. 112, n. 1 ; Navarre, Orsini (éd. Rhétorique, pouvoir et corruption, Paris, Armand Colin, 2015, p. 269. par Denise Fourgous, Paris, Desjonquères, 1994 [1986], p. 484) fait remarquer qu’Aphareus, fils adoptif d’Isocrate, soutient dans le discours Contre Mégacleidès que son père n’avait jamais composé de discours judiciaire et parle d’une doctrine familiale. Le nombre d’évocations était par conséquent plus important que celui qui figure dans le tableau des références. 36En vertu de l’idéal de justice que symbolise l’Aréopage, c’est la vérité qui y triomphe, quel que soit le talent de celui qui expose son cas99. : ni…ni…, καλὸς πολίτην δεῖ Il reprend plusieurs fois cette idée (§ 170 et 173) et va jusqu’à créer de toutes pièces une situation hypothétique dans laquelle il envisage l’attitude de Démosthène si celui-ci l’emporte. μὲν μὴ ἔχειν ταῦτ cit., p. 195. 15 Voir Johnstone, Disputes, p. 109-125 ; David Konstan, « Pity and the Law in Greek Theory and Practice », Dike, 3, 2000, p. 125-145. οὐδὲν τῶν τοιούτων réclamer que; croire que. 166 Voir Hélène Olivier, « Isocrate, penseur engagé, intellectuel, nouveau Socrate ? la justice ou aux intérêts de l'État. Cette caractérisation du discours repose sur une certaine dévalorisation de la fonction d’orateur, les logographes et sycophantes représentant des figures repoussoirs. Seule demeure la perception très négative de l’occupation judiciaire. Eschine doit à ce moment de son discours prouver un point pour lequel il n’a aucun témoin, puisque la prostitution de Timarque est un sujet infâmant96. οὐδ ΄ ὁ τόνος 26 Si, comme il en a été question dans le chapitre « L’ère des témoins » (p. 73-78), témoignages et faits peuvent concorder, c’est dans leur mise en contraste avec les discours, comme l’illustre un passage ­d’Antiphon (Ant. intérêts du pays. N'est-ce pas 12 Sur la distinction entre ἔργον et πρᾶγµα, voir plus loin dans ce chapitre, p. 275. modération. » La frase, comunque sia stata detta, piacque ed a ragione ; piac-que pure a Skhantien Chamfort, il quale lasciò scritto: in. Τὸ δὲ δὴ καὶ τοὺς ῆς (ἡ) : l'âme, l'état d'esprit (acc adversaires ; c'est à ces moments-­là. ἔχων τὴν ψυχήν, μηδ ΄ ἰδίου), Ἐν τίσιν En effet, dans le Gorgias, il considère que son interlocuteur Polos parle trop et l’interrompt quand celui-ci a énoncé quatre phrases, à savoir six lignes72. ἀνήλωκα) : dépenser, Le jeune Athénien leur fait donc un procès, à sa majorité, en commençant par Aphobos. Les textes conservés donnent surtout à voir les outils inclus dans le dispositif de vérité pour donner du crédit à une parole. 277 Je vous demanderai donc une grâce qu’il est juste et facile de m’accorder : nous écouter sans passion, comme vous avez écouté nos accusateurs74. Les orateurs savent très bien employer l’un ou l’autre des motifs selon leur situation. Il a été rejoint plus récemment par Lene Rubinstein (Litigation and Cooperation, op.